Sauvage Taïga

Pourquoi j'écris?

jardin Sibérie Mansi

Je ne suis pas parti pour explorer.
Je suis parti pour être silencieux.

Au début, il n'y avait pas de projet. Il y avait juste un besoin de distance.
Mettre de l'espace entre le monde et moi. Entre le bruit et ce que je sentais confusément vivant. La taïga, la toundra, la Sibérie, la Laponie sont venues ainsi.
Non pas comme des destinations, mais comme des endroits où l'on peut encore disparaître.

Disparaître, ici, ne veut pas dire fuir, ni se cacher.
C'est s'unir au reste ; comme la neige disparaît pour devenir rivière.


Marcher longtemps.
Marcher jusqu'à ce que les pensées se fatiguent.
Jusqu'à ce que le corps reprenne la main.
Jusqu'à ce que le froid, la faim, le silence redeviennent des choses simples, concrètes, honnêtes.
Là-bas, rien ne ment.
On apprend vite.
Que le confort est une parenthèse.
Que le contrôle est une illusion.
Que l'essentiel tient à peu de chose.


L'autonomie.

Ce mot est mal compris.
Ce n'est pas être fort.
Ce n'est pas être invulnérable.
C'est accepter de dépendre vraiment de ce qui nous entoure.
Des plantes, des arbres, des animaux.
Du feu.
De l'eau.
Du temps.
Des autres, parfois.
Et faire avec ce qui est là.\


Pourquoi écrire?

Je n’écris pas pour raconter des exploits.
Je n’en ai pas.

J’écris pour ne pas perdre la trace.
Pour garder une forme de continuité entre ces territoires et le reste de ma vie.
Pour rester relié.

Sauvage Taïga est un carnet.
Un endroit où je dépose ce qui a compté.
Un endroit où je dépose ce qu’il y a de plus beau, de plus fragile en moi et que je souhaite offrir à ceux que j’aime : mes enfants, ma compagne… un inconnu.

Il y a des espaces comme ça dans la vie, où l’on peut se laisser aller à être soi.
Ces espaces nous guérissent. Ils sont indispensables.
J’ai trouvé les miens : les étendues sauvages du Grand Nord et les carnets d’écriture.


« Si les gens ne savent pas bien écrire, ils ne sauront pas bien penser, et s’ils ne savent pas bien penser, d’autres penseront à leur place. »

George Orwell