Sauvage Taïga

École vagabonde (école à la maison)

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L’école de la nature

Partir dans la montagne avec mon fils

Depuis notre cabane, nous sommes partis à pied dans la montagne. Le ciel hésitait entre pluie et soleil, mais Amaru était impatient — impossible de reporter le départ. Je sais que la pluie et le froid sont une école en eux-mêmes.

J’avais attelé ma charrette pédestre — une remorque Hinterher achetée il y a deux ans directement dans les ateliers de fabrication en périphérie de Munich. Elle me permet de transporter tout le matériel pour être autonome : sac de couchage, bâche, tente, gamelle, couverture en laine, habits chauds et provisions. Mon fils peut y voyager confortablement. Grâce à elle, je peux vivre sans voiture, transporter du bois, de l’eau, mes enfants…

J’aime l’effort de la traction — semblable à celui d’une pulka sur la neige. Les bâtons font travailler tout le haut du corps et le dos reste libéré de la charge. Pour ce voyage, je tirais environ cinquante kilogrammes dans la montagne sans épuisement. En trois jours, nous avons parcouru quarante-cinq kilomètres.

La montagne des Géants — dans le nord de la République tchèque — est sillonnée de pistes cyclables qui traversent tout le parc national. Grâce à ces chemins, nous pouvons parcourir la nature sans nous soucier des voitures.


L’école obligatoire dès trois ans

Depuis plusieurs années, le gouvernement français oblige les parents à scolariser leurs enfants dès l’âge de trois ans. L’instruction en famille est devenue la marge, soumise à des conditions strictes. Nous en avons fait la demande, en tant que famille itinérante, et attendons actuellement la réponse de l’académie de Besançon — une demande à renouveler chaque année.

Mes enfants apprennent de la nature. Ils se couchent avec le soleil, se réveillent à l’aurore. Je leur apprends à cueillir les plantes, à pêcher, à construire. Les gestes du quotidien sont une école : aller chercher de l’eau, laver le linge, préparer les repas, allumer le feu, parcourir le monde, aller à la rencontre des autres.

Notre vie est peu rythmée par les heures, et bien davantage par les besoins de notre famille. Nous vivons une grande partie de l’année sans eau courante ni électricité. Une vie de peu, qui nous offre beaucoup de liberté, de temps — et qui nous impose d’autres efforts.


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Au premier jour de notre aventure, la pluie s’est mise à tomber quelques heures après le départ. Dans une forêt d’épicéas, nous avons tendu la bâche entre deux arbres et monté la tente dessous. Un tapis de mousse nous attendait pour étendre nos couchages. À l’abri des grands épicéas, j’ai récolté des branches mortes et sèches, allumé un feu, et fait bouillir une soupe de riz à l’ortie.

Mon fils regardait. Il s’en imprégnait. C’est en observant, puis en faisant, que l’apprentissage devient complet. Se familiariser avec ces gestes, avec cet environnement — observer les arbres, les insectes, les plantes, le ciel et les étoiles — bien avant même de leur donner un nom.

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L’école est-elle inadaptée à notre famille ?

Le lendemain matin, je me suis réveillé de bonne heure. Je l’ai regardé dormir, puis j’ai ouvert la porte de la tente pour observer la forêt sous la pluie. Cet instant m’a enchanté : mon fils endormi sur notre terre, la pluie dans les grands arbres, le silence qui nourrit.

Lorsqu’on doit amener un enfant à l’école, on ne peut pas le laisser dormir en regardant le paysage en silence. Il faut le réveil, s’habiller vite, courir pour manger, se laver les dents en vitesse, conduire. Courir encore — et pour quoi ? En hiver, quand le soleil vient tard, le corps a son propre rythme. L’école, elle, ne change pas d’horaire.

Je me pose une question : l’école est-elle vraiment adaptée à l’éducation des enfants — si petits, dès trois ans — ou est-elle surtout adaptée à la « fonctionnalité » des parents dans la société, c’est-à-dire à leur capacité à travailler ?

Mon choix est le suivant : je préfère travailler moins, y faire participer mes enfants, vivre avec moins de besoins et moins de préoccupations, pour pouvoir vivre avec ma famille dans la nature et avec les autres. C’est ainsi pour l’instant. Tout peut changer.


Apprentissage de l’autonomie

Le troisième jour, le soleil est revenu. Après avoir plié le camp, nous avons cheminé jusqu’à un petit lac. Nous y avons pêché trois perches que nous avons cuisinées sur le feu en guise de petit-déjeuner.

L’autonomie ne s’enseigne pas uniquement par la parole. Elle se construit, geste après geste, dans la répétition et la confiance. Ce voyage en était une leçon silencieuse : voir son père chercher du bois sec sous la pluie, choisir l’emplacement de la tente, lire le ciel avant de décider de continuer ou de s’arrêter. Ces décisions, prises à voix haute ou en silence, il les absorbe.

Il y a des choses qu’on ne peut pas apprendre dans un manuel. Savoir sous quel arbre poser le campement. Sentir quand un feu est prêt à recevoir une bûche plus grosse. Reconnaître le moment où son corps dit assez pour aujourd’hui. Ce sont des savoirs qui s’impriment dans le corps avant de monter à la tête.

Ce que je souhaite pour lui, c’est qu’il ne soit jamais paralysé par l’inconnu. Qu’il regarde un problème et qu’il ait en lui le réflexe de chercher, d’essayer, de s’adapter.

Ces quarante-cinq kilomètres dans la montagne, sous la pluie et le soleil, avec cinquante kilogrammes à tirer et un enfant à veiller — c’était ça aussi. Lui montrer que l’effort mène quelque part. Que l’inconfort passe. Que le feu qu’on allume soi-même nous réchauffe. Que la nourriture est précieuse.

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